jeudi 31 janvier 2013

XY

XY, de Sandro Veronesi, Grasset, 2013
"San Giuda, un village perdu dans la montagne du nord de l'Italie, déserté par les jeunes, isolé par la neige, pas de réseaux, ni portables, ni télévision. Seul Beppe Formento et son traîneau tiré par des chevaux, relie les quarante-deux habitants au monde. Il approvisionne l'épicerie et emmène, chaque jour quelques touristes admirer l'église et s'émerveiller devant un immense sapin arrosé au canon à neige !
Un matin, le traîneau se présente vide, le cheval terrorisé, les yeux révulsés. Tout le monde se précipite et aperçoit le grand arbre gelé, comme ensanglanté, et autour du tronc, à moitié enfouis dans le neige : des corps, dont celui de Beppe. Au même moment, Giovanna, jeune psychiatre de la ville voisine se réveille, baignant dans son sang : une cicatrice vieille de quinze s'est rouverte."
Oh, la, la, la claque ! Je regrettais ne n'avoir pas eu le temps de lire Chaos calme, le précédent ouvrage de Veronesi et me suis précipitée sur celui-ci. Je ne regrette pas, mais quelle claque ! D'abord, à tous ceux qui s'attendent à une explication finale, passez votre chemin ! Veronesi nous plonge dans un cloaque et ne nous en sort pas vraiment. Il n'y a pas d'explications, juste des questions. Des questions parfois sans réponses. Des appels à la réflexion. Des énigmes insolubles. Un livre remarquable, dont on ne sort pas immédiatement. Il m'a fallu quelques jours pour le digérer et passer à autre chose...

mercredi 12 décembre 2012

Atomka

Atomka, de Franck Thilliez, Fleuve noir, 2013
"Entre le moment où s'arrête la vie et celui où commence la mort, il existe une frontière. Certains l'ont explorée...
À quelques jours de Noël une affaire d'envergure démarre pour Lucie Hennebelle et Franck Sharko, policiers dans la fameuse section criminelle du 36, quai des Orfèvres. Christophe Gamblin, journaliste de faits divers, est retrouvé mort de froid, enfermé dans son congélateur. Sa collègue est amie a disparu, alors qu'elle enquêtait sur un dossier explosif dont personne ne connaît le contenu. Sa seule trace est son identité griffonnée sur un papier détenu par un enfant errant très malade, aux organes déjà vieillissants. En parallèle, une ancienne affaire de femmes enlevées refait surface : des victimes jetées vivantes mais inconscientes dans des lacs quasi gelés, et secourues in extremis grâce à des coups de fil mystérieux à la police.
Tandis que l'enquête s'accélère, Sharko est confronté à de vieux démons. Une ombre évolue dans son sillage, jouant avec lui de manière dangereuse. Un duel secret et cruel s'engage alors, détruisant le flic à petit feu..."
Encore un bon policier de Thilliez ! Décidément, ça devient une habitude ! Juste un reproche toute de même. Si vous n'avez pas lu Syndrôme E et Gattaca, vous risquez de ne pas comprendre grand chose à l'histoire personnelle des deux flics. Et il est crucial de la comprendre cette fameuse histoire personnelle ! Donc, soit lire en survolant, soit lire les deux autres avant d'entamer Atomka qui vous transportera alors assez loin.
Ce qui est bien avec cet auteur, c'est que l'on apprend plein de choses... sur la vie rude en montagne avec Vertige, sur les boucles temporelles dans L'anneau de Moebius, sur l'atome et ses conséquences dans Atomka... Une vraie mine d'info ce Thilliez ! ;-))

jeudi 25 octobre 2012

Rentrée littéraire


Rentrée littéraire oblige, l'automne commence toujours pour moi sous un tas de feuilles imprimées, reliées, et dont certains possèdent des couvertures qui n'engagent absolument pas à la lecture (qui a dit aux communicants des éditeurs que la bouille même bonhomme d'un auteur pouvait faire vendre un livre ? ben, franchement, c'est pas gagné pour certains...) Mais je m'y suis astreint. C'est sans doute la dernière fois. Parce que j'en ai assez de dépenser de l'argent pour des livres sans intérêt.

Prenons le "Comme une bête" de Madame Sorman... Et bien, heureusement qu'elle remercie son monde à la fin, parce que Safran Sfoer écrit beaucoup mieux sur le sujet... et franchement la vie de son boucher ne nous excite guère...

Le "Swamplandia " de Madame Russell aurait pu être moins... long.... pour en arriver là...

"Quel trésor !" nous cueille un brin, et l'écriture y est si ciselée, si magnifique que force est de reconnaitre que, même si je me suis un peu ennuyée, le livre accroche et nous entraine...

Il me reste "Peste et Choléra" de Monsieur Deville que je viens de commencer. Et déjà, je trouve les phrases peu propices à une lecture sereine (je veux dire par là que si je dois relire deux fois chaque phrase pour en comprendre le sens, c'est qu'il y a un petit soucis dans l'écriture me semble-t-il)
Ensuite, il y a le Guenassia, le Joncour, le Schneck et l'Olasdottir... J'appréhende ! Je pourrais toujours me rabattre sur le Thilliez pour me consoler... à moins que je ne tombe sur une perle... Ma perle de la rentrée... nous verrons cela...

mercredi 10 octobre 2012

Un Week-end en famille

Un Week-end en famille, François Marchand, Cherche-midi, 2012.

"Faire la connaissance de ses beaux-parents n'est jamais chose facile. Surtout s'ils habitent en Samouse, région que le jeune marié va apprendre à connaître le temps d'un week-end interminable. Dès le vendredi soir, il lui est évident que cela se passera mal. Mais jusqu'à quel point? Et l'impulsivité dont il fera preuve est-elle due à son état psychologique déjà bien dégradé ou à la rencontre de plein fouet avec cette diabolique région? "

Avec Marchand, on s'attend toujours au pire. Et le pire que vous puissiez imaginer n'est jamais assez. Après avoir adoré "Plan social", j'attendais avec une certaine impatience le roman suivant de cet auteur, et je ne suis pas déçue. Quelle rigolade ! Et même si ce rire là grince furieusement (la scène chez Ikéa m'a rappelé de "bons" souvenirs... sauf que ma comparaison était beaucoup plus morbide), c'est un rire libérateur. Certes, Marchand se moque méchamment ( Teulé est gentil à côté... très, très gentil, même) mais quel bonheur ! Et même si l'opus n'a pas pour objectif de nous faire réfléchir, il y a sous la couche épaisse de cynisme, un vérité cinglante qui ne manque pas de nous interpeler.

mardi 4 septembre 2012

Monsieur le Commandant

Monsieur le Commandant, Romain Slocombe, NIL, 2011

"Écrivain et académicien, Jean-Paul Husson a amplement contribué à faire briller les lettres françaises dans le Paris de l'avant-guerre. Il s'est désormais retiré dans la petite ville que nous nommerons Andigny, en haute Normandie, pour se consacrer à son œuvre, habitée par un catholicisme fervent, qui s'accompagne de plus de plus d'un antisémitisme " patriotique ". Jean-Paul Husson est un bon père de famille et un époux attentif, jusqu'au jour où son fils, Olivier, avec lequel il entretient peu d'affinités, lui présente sa jeune épouse, Ilse, une actrice allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse. Alors le drame s'insinue et la lettre prend soudain une autre tournure."

Comme ce livre est dérangeant !  Mais dans le bon sens. Dérangeant, parce que sans justifier l'attitude parfois révoltante de certains intellectuels entre 1935 et 1945, ce roman nous donne une vision d'un mode de pensée courant à l'époque, qui a conduit nombre de ces intellectuels à ignorer la réalité de ce que représentait l'occupation et l'idéologie allemande (tout comme certains intellectuels ont ignoré la réalité du stalinisme). C'est un beau et bon livre. Lu d'une traite. On espère longtemps, tout en sachant la fin inéluctable et tellement désespérante.

vendredi 20 juillet 2012

Vertige

Vertige, Franck Thilliez, Fleuve noir, 2011.

"Un homme se réveille au fond d'un gouffre, au coeur d'un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d'infortune. Il est enchaîné au poignet, l'un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d'un masque effroyable, qui explosera s'il s'éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s'imposera, impérieuse : jusqu'ou faut-il aller pour survivre ?"

Je l'avoue de suite... J'adooore Thilliez... C'est pas croyable ce que cet homme là arrive à me faire lire ! Par exemple, ce huis clos étouffant sur cet ancien alpiniste n'avait pas grand chose pour me plaire. Je l'avais pris entre midi et deux, histoire de feuilleter quelque chose pendant le repas (et oui, je lis en mangeant ! Je sais, c'est pas bien, pas poli, et tout et tout... mais manger sans rien faire d'autre que regarder le plafond ou le ciel nuageux, c'est perdre du temps d'après moi, surtout au boulot... Et les collègues ? Joker!) Bien mal m'en a pris. Je ne l'ai pas lâché. Et je l'ai fini trois heures plus tard. Gloups... Heureusement que lire fait partie de mon boulot, sinon j'étais cuite !
Donc, vous l'aurez compris, c'est assez palpitant. On ne regrette pas de s'y plonger, et on déplore de le finir aussi vite.

La liste de mes envies

La liste de mes envies, Grégoire delacourt, JC Lattès, 2012.

"Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange. sa vie n'a rien d'un beau roman ni d'un film affreux. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, 18.547.301€ lui tombent dessus."

Ce roman commence plutôt bien... et puis il y a la rupture que l'on attend, le moment où tout bascule. Bon, moi je suis plutôt d'accord, l'argent ne fait pas le bonheur (mais il y contribue fortement, surtout en ces temps de crise). Et puis, ce personnage tout en douceur qui devient tranchant, on y croit moyennement. En fait, en refermant l'ouvrage, je me suis prise à penser que Jocelyne aurait gagné en profondeur en vivant sous la plume d'une femme. Et qu'il n'y avait qu'un homme pour imaginer qu'une héroïne puisse se résigner à ce point et ne pas renaitre. Car Jocelyne meurt. Oui, parfaitement. Elle n'existe plus. Ce que la méchanceté et le deuil n'étaient pas parvenus à accomplir, la trahison y parvient. Et c'est plutôt mal vu, peu crédible, car la trahison d'un homme même si il est l'élu (ce qui n'est pas vraiment le cas dans ce roman) n'est rien comparé à la perte d'un enfant.
Ce que je reproche le plus, donc, à ce roman, c'est de ne pas m'avoir convaincue. Je n'y ai pas cru. Et ça c'est pire que tout. Même le PS, I love you de Cecelia Ahern était plus crédible (et Dieu sait que j'ai trouvé ce bouquin affligeant), c'est dire.